03 septembre 2008
ëtre heureux à La Rochelle, de notre correspondant
BE HAPPY … À LA ROCHELLE
Retour de La Rochelle hier, besoin de détente. Je suis allé voir le film de Mike Leigh, « Be happy » . Les critiques sont formidables, des amis m’avaient chaudement recommandé de le voir, j’ai été dans ce contexte un peu déçu, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs, et un mélange des genres –du comique, plutôt réussi, du romantisme, plus faible, du social, esquissé, de la tragédie, suggérée- qui empêchaient la clarté du message malgré le talent de l’actrice principale, remarquable. Ce film est bon, moins que je l’aurais espéré, mais gai, entraînant. Il milite, comme son personnage, jeune institutrice, pour la « poppy attitude » -être heureux, avoir la « banane » -et c’est sympathique.
Il aurait fallu une force surhumaine, pour un socialiste, et à fortiori pour le premier signataire de « Besoin de gauche » que je suis, pour avoir la « poppy attitude » à la Rochelle. Tout avait pourtant bien commencé pour nous. Vendredi après-midi, j’ai participé à un atelier de qualité, avec notamment Bernard Poignant, Laurent Fabius, Benoît Hamon, sur le manifeste des Socialistes européens en vue des élections de 2009 : public nombreux, interventions fouillées, convergences esquissées, ce fut une réussite. Vendredi soir, formidable réunion de notre contribution. 500 militants présents dans une salle surchauffée ont accepté avec enthousiasme –pour l’immense majorité d’entre eux- les propositions que je leur faisais : aller vers une motion réformiste de gauche, avec Martine Aubry et la « Ligne claire », sans ostracisme mais sans contacts privilégiés avec Laurent Fabius, soutien à ma candidature au poste de Premier secrétaire, dont je n’ai pas fait un préalable –c’est l’élégance et la sagesse- mais que j’ai présentée avec une totale détermination. J’ai reçu l’appui de tous, celui d’Arnaud Montebourg, celui de Jean-Christophe Cambadélis, qui nous a présenté comme Roger Moore et Tony Curtis dans « Amicalement vôtre » et m’a proposé un « contrat d’exclusivité jusqu’en 2011 ». Je me suis couché heureux, satisfait de notre force affirmée et de notre cohérence retrouvée après un été approximatif. Patatras, en fait le cauchemar commençait.
Je ne vous refais pas le film du lendemain. Il a occupé les médias pendant tout le samedi, abîmant toute l’Université d’été de La Rochelle. Disons, pour faire simple, que certains, à commencer hélas par Jean-Christophe, ont passé la journée à faire exactement le contraire de ce qui avait été décidé unanimement la veille –c’était leur droit de penser autrement, mais alors il eût fallu proposer une alternative à la contribution, qui aurait tranché par un vote : réunion matinale avec Laurent Fabius, Martine Aubry, Benoît Hamon, avec la perspective d’un courant de la « gauche décomplexée », déjeuner « Reconstructeurs » avec les mêmes, sans Hamon. Précisons –je le dis de la façon la plus formelle- que je n’ai pas été invité à ces agapes, auxquelles au demeurant, comptable d’une autre logique, je ne me serais pas rendu. Arnaud Montebourg, quant à lui, a vu sa bonne foi trompée, et a rétabli les faits dans un communiqué hier soir. Les images furent terribles : tractations obscures, trahison d’un mandat clair, alliances contre-nature. Elles ne sont pas bonnes pour le PS, présenté sous son jour le plus sombre, loin des préoccupations des Français. Elles sont mauvaises pour les acteurs de ce jeu, et notamment pour Martine Aubry, qui vaut mieux que ça. C’est exactement ce que les Français et les militants socialistes ne veulent pas voir. Pour ma part, je m’en suis tenu, à la lettre, à la virgule, au mandat qui m’avait été confié : une première étape a été franchie, avec la « Ligne claire ». J’ai passé avec eux, avec Gérard Collomb, Jean-Noël Guérini, Vincent Feltesse, Manuel Valls, beaucoup d’autres –et au nom de « Besoin de gauche »- un accord en transparence –nous n’avons pas déjeuné sans rien dire ou conclure, nous nous sommes exprimés au grand jour -ouvert, sans exclusive. Ainsi s’est créée, au cœur du PS, une force qui compte, qui peut incarner le renouveau, la modernité, la probité dont le PS a besoin. Et j’irai plus loin, je verrai, comme convenu, Martine Aubry, sur la base de nos décisions. C’est ainsi que la politique doit avancer, dans le respect du vote des militants, dans la cohérence, avec des principes éthiques.
Oui, Pierre Mauroy a raison, ce fut une mauvaise Université d’été, gâchée par ce pauvre spectacle. Elle montre, en creux, ce qu’il faut faire : rénover, rajeunir, rassembler, réformer, proscrire le « combat des chefs ». Elle sera, pour tous, un signal d’alarme : il y a péril en la demeure. Pour ce qui me concerne, j’utiliserai 2 formules : celle de Mark Twain « la nouvelle de ma mort » -annoncée samedi- « est très prématurée », et celle de Nietzche « ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». Je sors de La Rochelle renforcé, et plus déterminé que jamais. Pas tout à fait « happy », quand même…
Commentaires
Erreur... c'est le correspondant !
A corriger il s'agit du correspondant (pierre moscovici) et non de la correspondante !!!
merci de corriger !
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