04 septembre 2007
CR Atelier n°18 sur l'état de la France
Atelier N° 18 L’état de la France
Jean-Marc AYRAULT, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale
Michel DESTOT, maire de Grenoble
François REBSAMEN, maire de Dijon
Pascal RIOU, secrétaire national au développement de l’UNSA
Jean-Marc AYRAULT, en introduction des débats, souligne l’urgence à mettre à jour notre logiciel et de faire preuve de lucidité. Lorsqu’on aborde l’état de la France, il faut réfuter d’emblée l’image misérabiliste que certains déclinologues veulent lui donner. La France reste une puissance mondiale reconnue. Notre pays dispose des salariés les plus productifs, l’espérance de vie de nos concitoyens est une des plus longues du monde. La France reste une référence culturelle incontournable.
Cependant, notre pays traverse depuis 30 ans, un creux historique. Il se caractérise par un chômage structurel récurrent, une croissance plus faible que dans les pays voisins, un déficit public important et notamment pour les comptes sociaux, une part très élevée des dépenses publiques sans lien avec la performance des services publiques.
Au cours de cette période, des épisodes de rebond ont pu être enregistrés, qui coïncidaient souvent avec l’accession ou le retour de la gauche au pouvoir. Mais il reste que le ratio salaires/revenu du capital se dégrade et se démarque des autres pays, illustration des inégalités sociales.
Une des principales faiblesses de l’économie française, c’est l’insuffisance des investissements, qu’ils soient privés ou publics, qui stagnent, tout au long de cette période, à l’exception notable des années 1997 à 2000. Cette carence des investissements affecte très directement les crédits de recherche et les capacités d’innovation du pays.
L’autre mal dont souffre notre pays est l’insuffisance du taux d’activité. En 1945, la France abritait 70 % d’actifs pour un tiers d’inactifs. En 2045, ce sera, un sur deux. Ce choc démographique est resté sans réponse et ainsi nos spécificités en matière d’emploi des jeunes et des seniors nous fragilisent.
Rien ne sera possible sans l’installation d’une maîtrise de nos dépenses de protection sociale. Pour paraphraser Michel ROCARD, cette institution s’érige en véritable tour Eiffel de la République. Ce rappel ne doit pas nous empêcher de dire le déficit cumulé depuis 30 ans de ces institutions : 70 milliards d’euros. Si les socialistes n’abordent pas cette question lucidement, la droite poursuivra son procès en inefficacité et en mauvaise gestion pour imposer dans l’opinion la nécessité d’une privatisation de la sécurité sociale.
Les socialistes doivent relever ce défi, mettre clairement sur la table l’ensemble des enjeux pour proposer des réformes structurelles du système de soins et persuader nos concitoyens que la sécurité sociale ne constitue pas une manne divine, mais un bien public qu’il faut absolument préserver.
Les Français expriment, de multiples manières, une peur du monde et de la mondialisation, principalement basée sur les menaces de délocalisation. Certes, au niveau européen, les socialistes doivent rompre avec une certaine naïveté libre-échangiste et exiger des normes à la fois sociales, environnementales et éthiques, notamment pour moraliser le développement du capitalisme financier. Pour autant, cette vision défensive, illustrée par la défiance envers l’OMC ou du FMI doit être dépassée. Le choix d’un réformisme audacieux, d’un retour aux affaires du monde, nécessite du courage, celui de rechercher la vérité et celui de la dire. Il est impératif de développer un socialisme de la production, de mettre les mains dans le cambouis des mécanismes de régulation européen et mondiaux, de ne pas se limiter aux mécanismes de redistribution a posteriori.
Pascal RIOU, militant syndicaliste, exprime la volonté d’être acteur du débat démocratique, d’accompagner les critiques et les revendications, d’être force de propositions. Pour illustrer son propos, le secrétaire national au développement de l’UNSA aborde successivement les exigences d’une véritable démocratie sociale et l’approche de la mondialisation.
Concernant la démocratie sociale, il plaide pour une évolution qui aboutisse à la désignation d’interlocuteurs représentatifs en capacité d’engager de véritables négociations débouchant sur une contractualisation légitimée par les salariés.
Dans cette perspective, il faut que la gauche, qu’elle soit politique, mutualiste ou syndicale, fasse converger ses efforts pour parvenir à une véritable rénovation de la démocratie sociale.
Les trois enjeux sont pour un syndicalisme partenaire efficient : la défense de notre modèle social, la compétitivité française et la création de nouvelles solidarités. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte. Souvent « celui qui signe (le syndicat) est mort ». Il est impératif de sortir de cet enfermement de reconnaissance où seule la contestation a du poids, pour devenir un acteur du progrès, et mettre en œuvre la stratégie de Lisbonne.
En premier, la création d’un service public unifié de l’emploi et la création d’une sécurisation des parcours professionnels, seraient un acte fondateur de cette évolution.
François REBSAMEN constate le blocage de la société française comme l’illustrent les sondages à la fois paradoxaux et contradictoires, et évoque le passage progressif de l’Etat-providence, aux Collectivités locales-providence. Il met en perspective les questions institutionnelles et critique la brutalité des formes de notre système démocratique qui, à terme, conduit nos concitoyens à se tourner vers des hommes ou des femmes providentiels.
Michel DESTOT rappelle que la France est la 5ème puissance économique mondiale, qu’elle représente 1 % de la population mondiale et produit 3,1 % du produit national brut mondial. Si globalement la droite partage nos constats sur l’état de la France, elle n’a pas du tout les mêmes priorités et ne propose pas les mêmes outils pour redynamiser le pays. Il insiste plus particulièrement sur le déficit de matière grise en France. Il se traduit par une faiblesse du nombre de nos chercheurs et de formations d’ingénieurs. Au total, ce sont les possibilités des moyens de rebondir qui risquent de manquer pour prendre le virage de l’économie du savoir. Encore plus pénalisant que l’aspect économique, ce manque de capacité à se projeter dans l’avenir a un impact moral destructeur. Il est plus qu’urgent de remettre du désir et de la confiance dans l’avenir.
Il énumère un certain nombre de questions qui n’ont pas été suffisamment prises en compte à ce jour : l’importance de l’urbanisme et du développement des villes qui démultiplient nos besoins en déplacements, le changement climatique qui impose une transformation radicale de nos modes de vie, la mondialisation dont on doit susciter et développer les contre-pouvoirs, tout en sachant qu’un emploi sur trois en France provient d’investissements étrangers.
La société multiculturelle qui résulte de ces transformations est une opportunité plutôt qu’un problème. C’est la réussite qui lui tient le plus à cœur en tant que maire de Grenoble.
Les stratégies de Lisbonne et de Göteborg synthétisent l’essentiel de ces constats et les conséquences qu’il faut en tirer. Le socialisme nouveau du XXIème doit absolument intégrer cette vision mondiale, l’exigence de l’égalité réelle et le multiculturalisme de nos sociétés de plus en plus urbaines.
Interventions :
Il est rappelé la difficulté à dépasser les dogmes, à reconnaître certaines difficultés d’application des 35 heures et à contrebalancer les corporatismes dans le cadre de la réforme des retraites. Pour les hôpitaux, c’est la période de transition plutôt que le fond qui a été difficile à gérer, notamment avec l’obligation morale de service. Aujourd’hui, le changement est pratiquement achevé et le gros des difficultés est derrière nous. Rappelons que les 35 heures étaient une réponse au chômage de masse. Aujourd’hui, la donne est différente et il faut raisonner branche par branche, en intégrant les questions de compétitivité intra et internationale.
L’empilement des structures territoriales de la République est fortement critiqué et génère des doublons dispendieux. Il y a matière à faire des économies pour la puissance publique.
Quelle place prendra le syndicalisme dans notre projet ? Son rôle est important dans les exemples de réussites du socialisme en Europe, souvent appelées social-démocratie. Mais notre pays souffre d’une reconnaissance du syndicalisme. La droite le qualifie de non-représentatif, alors que le taux de participation aux élections syndicales est comparable à celui des élections de mandats politiques. Comment réformer notre système pour s’orienter vers plus de concertation, et, in fine, plus de justice sociale et d’efficacité économique ?
Un ancien chef d’entreprise défend farouchement les 35 heures et les avancées sociales réalisées et par ailleurs cite quelques initiatives régionales heureuses en matière d’emploi. Enfin, il interroge sur la distinction entre richesse et croissance.
Il est rappelé la cause des femmes plus pauvres, plus précaires, plus absentes du débat politique. Nota : pas une seule femme à la tribune. Il faudrait montrer l’exemple !
En conclusion, Pascal RIOU rappelle la nécessité de rendre au syndicalisme son rôle historique, en modernisant son fonctionnement dont les règles ne correspondent plus à la situation de l’après guerre. Ceci implique que les politiques se reconcentrent sur leurs propres responsabilités et respectent le domaine de responsabilités sociales des syndicats.
Michel DESTOT revient sur les débats parlementaires autour du service minimum pour en critiquer sévèrement les modalités et rappeler l’engagement des socialistes pour une voie conventionnelle de résolution. Il résume ensuite les orientations d’une politique de stimulation de la croissance en matière de recherche et d’investissement, de développement de l’enseignement supérieur, de soutien énergique aux PME, de nouvelles compétences confiées aux villes, aux régions, à l’Europe pour « booster à l’export les PME ». Par ailleurs, la régulation mondiale est un objectif prioritaire, tant sur le plan social qu’en termes de développement durable.
03 septembre 2007
CR atelier n°16 sur les gauches en Europe
Catherine Trautmann a ouvert le débat en précisant que les atouts du Parti Socialiste, ce sont ses militants qui partagent le même idéal. Elle précise qu’à l’heure actuelle, le Parlement européen est gouverné par la droite mais elle pense qu’il existe une alternative à gauche, même si les membres du PSE procèdent d’ Histoires différentes. En donnant la parole à Patrick Le Galès, elle demande ce qui l’a poussé à accepter ce débat. Ce dernier répond qu’il est tout d’abord un homme de gauche ; ce qui l’intéressait était de savoir quelles étaient les stratégies politiques au niveau de l’Europe dans le cadre de l’exercice du pouvoir dans son propre pays.
Volontairement, il a pris comme thème l’expérience britannique - les moins européens alors qu’ils ont beaucoup d’influence sur la Commission européenne - qui l’intéressait particulièrement au regard des résultats obtenus.
Blair a commencé son mandat en considérant que les temps avaient changé, que l’on ne pouvait pas revenir en arrière, que la mondialisation aurait des conséquences sur l’Europe, qu’il fallait donc s’adapter aux contraintes du moment. Il était donc déterminé à exercer le pouvoir durablement. Pour lui, le rôle de l’Etat était très important mais il était indispensable de changer la manière de gouverner. C’est la raison pour laquelle il était pour un État actif, conscient du besoin d’un investissement massif dans le secteur public, moyennant une excellente gestion de l’économie.
Blair n’a jamais eu totale confiance dans les individus ; il a ainsi « manié la carotte et le bâton ». Exemple : lorsqu’un chômeur refuse quatre offres d’emploi, son allocation est supprimée.
Pour Blair, le rôle de l’Etat n’est pas de gérer la crise mais de piloter et de contrôler la marche de l’économie.
Autre élément important, le gouvernement Blair a analysé de façon rationnelle le système des services publics, en évaluant les effets produits, l’efficacité et la performance.
Ce travail lui a permis d’améliorer le système britannique et de transformer ainsi profondément le parti travailliste. Son obsession : développer des indicateurs de contrôle afin d’obtenir la performance.
Toutefois, il a trop misé sur la machine électorale et la communication. Tout était devenu slogan. Il a rendu l’Etat performant, mais la performance a été obtenue au détriment de la réflexion de fond.
C’est cette méthode qu’applique parfaitement Nicolas Sarkozy : il lance des annonces sans suivi détaillé, sans réformes sur des sujets essentiels. Il utilise les médias fort brillamment mais avec une dette à 65 %, combien de temps va-t-il tenir ? Les slogans ne durent qu’un temps… Les sujets sur lesquels s’expriment Sarkozy sont « populistes » ; il fait l’impasse sur les sujets essentiels, d’où une perte de crédibilité probable à moyen terme.
En France, on a vraiment échoué sur le long terme des politiques publiques, on est incapable de mobiliser l’Etat alors qu’il faut le repositionner et revoir la redistribution des ressources publiques. Il faut penser la France au-delà du national, c’est-à-dire au niveau européen voire mondial. Le Parti socialiste doit réfléchir en approfondissant le type de société qu’il souhaite.
Bernard Poignant
Il établit une cartographie des différents partis sociaux-démocrates européens de l’Union européenne :
- 10 pays gouvernent avec des alliances socialistes-libéraux-centre droit.
- 3 pays sont socialistes, l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni.
- 14 sont dans l’opposition.
Il maintient qu’il faut prendre en compte toutes les particularités :
- Le rapport au communisme. Il rappelle que la France partage avec l’Italie, ce lien historique toujours présent avec le communisme. Il ne faut pas oublier que la France est le seul pays européen qui présente aux élections, trois candidats Trotskistes !
- Le rapport au syndicalisme. La faiblesse syndicale et le manque de lien entre le syndicalisme européen et les syndicats français marquent une faiblesse de la gauche.
- Le rapport au libéralisme : les pays de l’Est ont un rapport au libéralisme complètement différent. Exemple : pour eux, les services publics sont synonymes de corruption ou de mauvais fonctionnement de l’Etat, alors que pour les autres Européens, ils sont des éléments essentiels.
- Le rapport à la religion. La laïcité pourrait être une exception européenne encore faut-il clarifier la notion de laïcité selon les différents pays européens. Il précise : « Pour moi, la laïcité correspond à la séparation de l’Église et de l’État ».
Il conclut que tous ces éléments nous conduisent à accepter que les rapports à l’Etat, bien que très importants, restent très différents dans les pays de l’Union européenne. On doit obligatoirement se confronter aux autres. Il faut trouver un nouveau stock de grandes libertés et de conquêtes, sinon le Parti socialiste français risque de « s’étioler doucement »
Harlem Désir
Pour lui, l’impact de la mondialisation joue un rôle sur les recompositions de la gauche en Europe. Au regard des exemples des autres pays européens, de leurs succès, il faut s’interroger sur les réponses qui ne sont pas toujours transposables d’un pays à l’autre, et prendre en compte la question suivante : « pourquoi s’attacher à certains sujets comme, par exemple, la défense des services publics ? ». Ici, il insiste sur l’idée de ne pas percevoir les services publics comme une spécificité française mais bien comme un principe d’intérêt général, un bien universel.
Pour lui aussi, le regard de nos partenaires européens est essentiel, car il n’existe pas un unique modèle de référence.
Son approche du Blairisme diffère de l’intervenant précédent. Pour lui, le Blairisme constitue un succès économique impressionnant, il y a sûrement des leçons à tirer. Mais côté social, il n’y a toujours pas de réponse à la précarisation du salarié. Il considère que l’économie est importante, mais il ne faut pas faire l’impasse sur la redistribution pour préserver les mécanismes de cohésion sociale et de solidarité.
À noter que, selon lui, le Parti socialiste français s’est marginalisé après le - Non - au référendum européen. Il faut retrouver dorénavant de nouveaux compromis sur le plan social et sur l’économie de marché à l’échelle de la planète. La stratégie de Lisbonne ouvre cette possibilité.
Benoît Hamon.
Il relance le débat avec l’idée qu’il faut réconcilier individus, marchés et entreprises, en tenant compte des différents rapports de force au sein du PSE. Le modèle social français n’est pas le seul possible, précise-t-il. Le député européen affirme que partout, en Europe, il y a crise des modèles sociaux : les mécanismes de solidarité et les instruments de redistribution sont déficients.
Si l’Europe veut rester démocratique, elle doit avoir la capacité à construire un modèle social européen avec un haut niveau de service public et un haut niveau de protection sociale.
À l’heure actuelle, au Parlement européen, on tente de limiter les dégâts et de gagner du temps (les sociaux démocrates sont minoritaires…).
En rappelant qu’un Européen sur quatre est menacé de pauvreté, la question du modèle social européen est bien la lutte contre les inégalités. Pour Benoît Hamon, il faut trouver impérativement des systèmes qui permettent de les combattre.
Patrick Le Galès : sur le service public; il ne faut pas exagérer l’exception française. Bien sûr, l’histoire des pays est différente, mais il y a des combinaisons possibles. Savoir anticiper reste une difficulté et l’intervenant pense que l’on a raté la construction d’un marché européen. En ce qui concerne les inégalités, il est obligatoire de penser en amont, notamment pour les besoins de ressources du service public : pour qui, et pour quoi faire.
Bernard Poignant signale qu’après le vote du non au référendum européen, on a parlé de mini traité. Il n’existe pas de mini traité mais il s’agit d’un traité réformateur qui a été présenté à Lisbonne. Le président de la Délégation française militera pour que le PS vote en sa faveur. Il relève que l’on a beaucoup travaillé depuis le référendum notamment en votant contre la résolution Bolkestein, pour trois raisons :
- pas d’engagement pour les services publics ;
- contre l’affirmation du principe des pays d’origine ;
- contre la libéralisation des services.
LES AVIS ET LES QUESTIONS DE LA SALLE
Catherine des Yvelines considère qu’il faut admettre la particularité française et s’écouter entre gauches européennes.
Philippe des Hauts de Seine
Un bon diagnostic suppose de la lucidié et du courage. Le PS s’est bercé d’illusions, l’État-providence n’est plus ce qu’il était. Le PS a trop tendance à se culpabiliser. Je suis d’accord avec les évaluations pour avoir des services publics efficaces. L’Europe sociale est une réalité qui demande un travail de fond.
Philippe de Charente Maritime demande ce que l’on pense du mini traité.
Bernard Poignant répond que la notion de « Mini-traité » est purement française.
Martine, députée européenne, indique qu’en Italie, elle a assisté à au congrès dans lequel les démocrates de gauche ont fait une scission. Une partie a fusionné avec le centre, l’autre partie est restée à gauche. Celui-ci a décidé de monter une « fondation socialiste du futur » qui fera de la recherche, par exemple, sur la laïcité.
Benoît des Hauts de Seine remarque que les Socialistes français sont trop centrés sur eux-mêmes. Les discours sont les mêmes depuis des années. On est trop sur la défensive plutôt que de s’intégrer. L’important est de partager nos fondamentaux, la question de la démocratie étant au cœur de l’Europe.
Pouvez-vous me dire, quelle rupture fondamentale il y a entre Tony Blair et Gordon Brown ?
Patrick Le Galès précise que Brown est écossais. Sur les questions de compétitivité, le regard n’est pas le même. Il est beaucoup plus attentif aux inégalités.
Luciole de Toulouse déclare qu’il y a un clivage entre l’Europe et les pays d’Afrique. La coopération est une exception française qui pourrait être reprise par l’Europe pour réduire les inégalités.
Catherine Trautmann
L'enjeu c’est le calendrier politique à venir.
En 2008, c’est la présidence française, le moment d’avoir de nouvelles orientations.
Dans notre Congrès, elle exigera un débat « ouvert et franc » sur la question européenne, pour comprendre notre responsabilité politique.
Elle estime également que la question européenne est une question culturelle profonde. Elle demandera un grand débat sur le modèle social et sur l’économie. La députée européenne a conscience que ce sera compliqué, mais elle pense que les partis sociaux-démocrates ont une histoire commune et qu’il faudra que l’on comprenne la richesse de notre diversité de langues et de cultures. Elle pense qu’il faut partager cette responsabilité qui est à la fois un défi éthique et culturel. Le Parti socialiste ne devra pas évacuer cette responsabilité.
En ce qui concerne la laïcité, ma définition est la suivante : « altérité égale »
Conclusion :
Nous avons un projet commun. Nous aurons beaucoup de mal à construire une Europe sociale. Quant aux régulations de l’économie de marché, tous les autres pays se posent les mêmes questions.
L’Europe sociale n’est pas portée que par les seuls Français.
L’identité de la gauche européenne doit sortir des frontières nationales sans pour autant que nous abandonnions notre identité socialiste française.
Bernard Poignant cite un homme de synthèse, mais qui est quand même dans la contradiction, c’est François Mitterrand qui déclarait « l’Europe sera socialiste ou ne sera pas ».
Essayons de garder cet idéal !
Patrick Le Galès recommande d’accepter le Traité de Lisbonne et de s’engager sur l’Europe au prochain Congrès.
(source : site du PS à La Rochelle)
CR atelier n°17 sur: y a -t-il une droitisation de la société ?
Assiste-t-on à une "droitisation de la société" ?
Isabelle THOMAS donne d’emblée la parole à Eric DUPIN, grand témoin de cette table ronde et auteur d’un livre de référence sur ce sujet.
Eric DUPIN constate qu’aujourd’hui le thème de la droitisation de la société représente une forme de « tarte à la crème ». Il rappelle que le Parti communiste, confronté au cours des années 80 à son déclin, avait été le premier à invoquer la droitisation de la société française pour expliquer ses difficultés.
Il existe des facteurs lourds de droitisation. En premier lieu, l’hyper individualisme apparaît comme la source majeure de cette évolution. Le citoyen a tendance à croire qu’il est une sorte d’atome libre dans une société émiettée. Cette référence au choix individuel s’accompagne d’une crise d’un certain nombre d’identités collectives.
Par ailleurs, l’extension du domaine marchand joue également son rôle, à travers une montée du consumérisme. L’orateur évoque également le phénomène de vieillissement de notre société qui se traduit par la montée des peurs, des précarités, elles-mêmes exploitées par certains responsables politiques de droite. Derniers facteurs de droitisation de la société : la mise en concurrence généralisée des hommes et des territoires et ce qu’il faut bien considérer comme une forme de dégénérescence du débat politique ; Eric DUPIN considère que la dépolitisation qui en résulte, favorise largement et objectivement la droite.
Face à cette tendance lourde, il convient d’éviter deux pièges : nier la droitisation à l’œuvre, se plier à celle-ci. Il serait inutile d’estimer que la France est globalement à gauche. Il y a un vrai divorce entre la réalité de l’angoisse sociale et la nature du vote d’une part importante des couches populaires. Mais, par ailleurs, on risque de se plier trop systématiquement à la logique de droitisation en cours en acceptant des thématiques de l’ordre, du discours moralisateur, en intériorisant le cadre mental de l’adversaire.
Au-delà des deux pièges à éviter, il s’agit surtout de se poser la question de la meilleure méthode pour combattre cette droitisation. Ce défi paraît d’autant plus délicat à surmonter que toutes les sociales démocraties européennes connaissent une crise et que les couches populaires et ouvrières subissent également cette droitisation. En fait, la France se situe plutôt à droite comme en atteste le résultat de l’élection présidentielle, mais cette tendance n’est pas univoque. Des résistances existent : elles sont apparues à l’occasion des victoires électorales de 2004, aux régionales, aux cantonales et aux Européennes, à l’occasion du mouvement anti CPE, lors du débat sur le Traité institutionnel européen.
En fait, il faut que la politique se détermine en fonction du débat d’idées et non exclusivement à la faveur de combats électoraux, locaux et immédiats. La gauche doit reprendre la bataille des idées et même la bataille philosophique, privilégier une approche collective, rénover son discours sur le marché, cesser de céder aux facilités de la communication. La bataille sur la représentation d’idées est fondamentale. L’idée, que l’égalité et la justice sociale sont des valeurs clefs, doit être reprise et réhabilitée.
Adeline HAZAN : le thème de la droitisation de la société ne doit pas servir d’alibi à nos échecs électoraux successifs. Nous devons croire à nos valeurs et cesser d’intérioriser nos doutes, quand ce ne sont pas les positions de l’adversaire. La meilleure manière d’y parvenir consiste non seulement à affirmer de manière convaincante nos positions mais surtout à trancher des questions que nous laissons en jachère depuis une demi-douzaine d’années. La clef de notre réussite passe par la structuration d’un discours de gauche face à l’hyper individualisme.
Gérard FILOCHE énonce un certain nombre de constats pour nuancer la notion de droitisation de la société. Il rappelle tout d’abord que le salariat aujourd’hui représente 92 % de la population active. En 1968, le salariat dépassait à peine les 2/3 de la population active. En 1981, lors de la victoire de François Mitterrand, ce même salariat se situait sous la barre des 80 %. Dans le même temps, les jeunes en formation sont, pour l’immense majorité d’entre eux, de futurs salariés. Quant aux retraités, ils perçoivent une pension qui est le produit des cotisations versées par les salariés actifs. Au final, le salarié domine la société, mais ne le sait pas. Dans le même temps, l’éventail des salaires s’est profondément resserré depuis 40 ans. Le salaire moyen d’un cadre en 1968 était six fois supérieur au salaire moyen d’un ouvrier. Aujourd’hui, le salaire moyen d’un cadre n’est que 2,3 fois supérieur à celui de la moyenne des ouvriers. En outre, le mélange cols blancs/cols bleus s’est réalisé et le CDI représente une large majorité du salarié. Bref, toutes les conditions sont réunies pour contrebalancer une droitisation de la société. D’ailleurs, la mobilisation sociale victorieuse, intervenue au printemps 2006 contre le CPE, les résultats des élections aux régionales et aux cantonales, en réaction au passage en force du gouvernement Raffarin concernant les retraites, ont montré que des résistances et des refus étaient possibles. Il nous incombe donc, en tant que Parti Socialiste, d’affirmer un mouvement et une unité politique au service du salariat qui représente 92 % des forces vives de ce pays.
Isabelle THOMAS estime tout d’abord, à l’instar de Gramsci, que la bataille idéologique précède plus que jamais la bataille politique. Cette bataille idéologique nécessite de notre part un effort de déconstruction de l’idéologie dominante et un effort d’explication en direction du pays. Il faut être capable de dire que les « charges » payées par les entreprises sont en fait des cotisations permettant de financer et d’irriguer la protection sociale, que l’autonomie pour les universités se traduira par une aggravation des inégalités, que la réforme fiscale de cet été se traduira par moins de politiques publiques et davantage de privilèges pour une poignée de possédants.
Au-delà de la bataille idéologique, il faut également recourir à la mobilisation sociale, à la mise en place d’une organisation politique capable de structurer une expression publique, des idées, une volonté.
Isabelle THOMAS estime que le peuple français a conservé une appétence idéologique parce qu’il souhaite que la politique pèse sur son destin collectif. Les élections cantonales, régionales et européennes de 2004, ainsi que la résistance victorieuse au CPE de 2006 l’ont confirmé. À charge pour la gauche de sortir des ambiguïtés et des faux-semblants sur la valeur travail, le discours sur l’assistanat ou l’ordre juste. La gauche se doit de rester elle-même et de ne pas céder aux tentations et aux facilités de la triangulation.
Plusieurs intervenants estiment que la dépolitisation à l’oeuvre est un facteur, notamment au niveau national et européen, de droitisation. Ils estiment également que cette droitisation touche non seulement le domaine politique, mais aussi intellectuel, culturel, philosophique.
D’autres participants, au contraire, pensent qu’il n’y a ni droitisation, ni gauchisation de la société mais une certaine incapacité des forces de gauche et notamment du Parti socialiste a parler aux Français et à répliquer aux discours et aux provocations de Nicolas Sarkozy.
Certains vont même jusqu’à parler de droitisation du Parti Socialiste.
Adeline HAZAN tient à exprimer sa fierté vis-à-vis du bilan de l’action de la gauche de 1997 à 2002. Elle redoute que collectivement nous n’ayons pas suffisamment défendu les mesures et les acquis de cette période. Elle cite, à l’appui de son raisonnement, notre incapacité à défendre sérieusement les 35 heures hebdomadaires de travail. Elle regrette également notre frilosité sur certains sujets de société, comme la sécurité, l’immigration ou l’évolution de la Justice.
Eric DUPIN considère que la droitisation en cours résulte d’une évolution en profondeur du rapport de force idéologique. Il remarque par exemple que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui capable en tant que Président de la République d’assumer son amitié et même sa complicité à l’égard de milliardaires. En fait, le Chef de l’Etat affiche une cohérence néo-libérale en harmonie avec l’évolution dominante de la société, fondée sur l’individualisation, le consumérisme, le repli sur soi. Les références aux grands penseurs ou aux grands leaders de gauche ne constituent qu’un habillage et un hommage artificiel à la culture historique française. Il appartient donc à la gauche de dépasser au plus vite un rapport de forces difficile en engageant un travail idéologique de fond dès maintenant.
Isabelle THOMAS revient sur les formidables éléments de résistance que nous avons constaté ces cinq dernières années, en particulier sur le terrain social. Elle pense que ce sont là de vrais points d’appui pour l’avenir.
Gérard FILOCHE estime à son tour que nous devons travailler la société idéologiquement. Ainsi, il ne faut pas accepter de parler de coût de travail mais de la richesse que constitue le travail. C’est le taux de profit qui constitue un coût pour l’entreprise et l’économie et non le salarié, qui crée des richesses, innove, pense.
Dans le même ordre d’idées, il faut casser le slogan « travailler plus pour gagner plus » en rappelant ce qu’un étudiant en 1ère année de capacité en droit sait parfaitement : c’est l’employeur et non le salarié qui détermine la durée du travail dans le cadre d’un lien de subordination.
Certains participants déplorent la droitisation de la société française dans le domaine de la Justice. Ils regrettent parallèlement la faiblesse, voire l’absence de réaction de notre parti sur ces questions.
D’autres intervenants stigmatisent la relative impuissance du Parti Socialiste à se démarquer politiquement de Nicolas Sarkozy et de ses démarches provocatrices. Ils s’interrogent sur la réalité de la différence pratique entre la gauche et la droite, dans ces conditions.
Gérard FILOCHE rappelle que la contradiction droite/gauche est co-substantielle au débat et à la démocratie politique. Aujourd’hui, l’intérêt des actionnaires est plus que jamais contraire à celui des salariés qui représentent plus de 90 % de la population active. Aujourd’hui, 5 % de privilégiés concentrent plus de 50 % du patrimoine. Aujourd’hui, la patronne du MEDEF entend banaliser la précarité du travail, du contrat de travail, des conditions de travail. C’est pour combattre toutes ces évolutions, toutes ces situations, toutes ces injustices que le clivage droite/gauche doit être affirmé, assumé et revendiqué par les femmes et les hommes de progrès.
(source : La Rochelle 2007 du PS).
Questions / interventions de la salle
Assurément, cette partie fut la plus intéressante car elle laisse parler le cœur des militants : maladroits parfois, en colère de temps en temps mais toujours touchants, émouvants, émus et surtout motivés par un vrai besoin de comprendre, de se retrouver après ce double échec électoral, car enfin le dialogue est peut-être la meilleure façon de s'en remettre. Tous recherchent d’ailleurs à être entendus, tant ils ont l’impression que le sommet est coupé de la base « on envoie des lettres en recommandé, dit l’un d’entre eux et l’on n’obtient jamais de réponse ». Le parti sait-il donc si peu parler à ses militants ?
Un militant pose la question selon laquelle la droitisation de la société, n’est-ce pas plutôt une illusion, car la société ne se « droitise » pas d’un seul coup, ni les questions qu’elle est amenée à se poser. Les politiques menées par la droite constituent en général un retour en arrière. Doit-on parler de droitisation de la société, ou du Parti Socialiste et de son corpus idéologique ?
La vraie question est la victoire idéologique, car le parti socialiste a plus privatisé que la droite.
Le terme capitaliste est plus employé par la droite que par la gauche. Notre révolte est de ne pas oublier que le bonheur est aussi lié aux grands moments collectifs. Vivre ensemble, n’est-ce pas à nous de proposer des lieux de vie collective ensemble ? La société française a besoin de ces liens et on ne nous les propose plus.
Aujourd’hui, les femmes attendent beaucoup des partis politiques, les organisations syndicales sont plus courtes dans leurs discours. La classe ouvrière attend beaucoup de nous.
Une autre intervenante estime qu’on a trop parlé d’individualisme pendant cette Université d’Eté. « Ce parti nous appartient à tous, on n’a pas le droit de lui voler ses secrets ».
Certains dénoncent le manque de cohérence du projet de droite auquel on peut opposer le manque de lisibilité du projet de gauche.
L’on peut cependant être fier des réformes conduites quand on était au pouvoir, mais on a été incapable de défendre la réforme des 35 heures, notamment.
"A force d’entendre des responsables de gauche défendre leurs propres valeurs, on ne croit plus soi-même que la gauche va les porter" dit une intervenante. Pour l’électeur lambda de gauche, entendre des responsables dire que l’on doit parler des questions de sécurité et autres « affaires » généralement de droite nous laisse désemparés et sans repères idéologiques. Que dire en plus de la soit-disant « ouverture » ?
Il y a eu plus de cohérence dans le programme de droite que dans celui de la gauche.
Il s’agit d’une analyse des rapports de forces ; il y a bien une « droitisation » du PS. La droite aujourd’hui se targue d’être à droite, et ne s’en cache pas. Dans ses documents de propagande, Nicolas Sarkozy a repris le vocabulaire de la gauche. Il y a une cohérence dans un projet néo-libéral, habillé par les mots et par une certaine sauce linguistique, qui elle emprunte à la culture historique française. Discours social-national, (la sauce est à gauche, la viande est à droite !).
La droite n’a pas besoin d’avoir d’imagination car elle se cale sur la situation actuelle, un système qui n’a pas d’alternative.
A long terme, il est possible de défendre nos valeurs de gauche, qui existent toujours.
Pourquoi il est si difficile à gauche de défendre la mixité sociale , la carte scolaire ? Parce que les outils de contrôle sont très faibles, et parce que ces deux principes sont assez mal appliqués.
Cet intervenant persiste à penser qu’il y a un travail idéologique de fond à avoir sur la représentation de l’homme social. Aujourd’hui, c’est la compétition qui l’emporte sur la coopération.
Isabelle Thomas : il ya bien une droitisation sous certains aspects mais aussi de formidables éléments de résistance.
Filoche :
On a une base sociale, et il faut la travailler. Ex : la baisse du coût du travail, et des charges sociales. Le problème n’est pas le niveau de charges mais le salaire brut. Les bénéfices du CAC40 sont de plus de 100 milliards d’euros par an.
La dette est due aux français, pas aux autres ! L’aggravation des inégalités est patente. N. Sarkozy veut liquider mai 68 (autrement dit, la gauche !).
Manipulation des politiques de droite pour s’accaparer les thèmes et mots de la droite. (Ex : travailler plus pour gagner plus » on n’a pas le choix, en vérité, quel mensonge ! Pourquoi on ne le lui est pas rentré dans le lard ? (il se fait longuement applaudir)…
Un militant demande si l’on peut empêcher que la droitisation continue et quel rôle pour les intellectuels de gauche ?
Benoït, de la FFE (Belgique) donne son témoignage sur la droitisation du pays, et lorsqu’il a voulu adhérer dans son pays, on a ri de son adhésion.
« C’est quoi la gauche » ?demande un autre militant. Où sont passés les thèmes de la justice, traditionnelle valeur de gauche. Où sont nos élus et que répondent-ils quand le gouvernement actuel déclare que l’on va juger des personnes irresponsables (l’intervenante est une avocate) ?
Les libertés publiques, la justice, il ne faut pas que le PS renonce à livrer bataille !
Un autre intervenant veut « ouvrir La boîte de Pandore et les sujets glissants » : la sécurité n’est pas un thème de droite mais de gauche. Témoignage d’une personne qui explique que 65 % des policiers ont voté à gauche, mais les vrais chiffres sur la délinquance ne sont jamais sortis ,Sarkozy les ayant censurés.
Les dirigeants du parti sont devenus inaccessibles et ne savent plus parler aux militants : ce militant explique qu’il en a marre de voir étalés les problèmes du PS au grand jour dans les journaux à sensation !
La question du vote des plus de 65 ans mais aussi des jeunes ! ? Une femme militante se demande pourquoi il y a l’UE des jeunes et celle des « vieux ». !
On n’a pas assez parlé de sujets comme la santé, le logement, la justice, la prison… On n’a pas à avoir honte d’être de gauche, au contraire ! Ce sont des valeurs de gauche, généreuses et solidaires
Une autre a été choquée par les paroles de Sarkozy sur la suppression des postes de fonctionnaire, car c’est la qualité de vie des citoyens qui est en jeu: n’a-ton pas les moyens d’avoir de services publics de qualité ?
Il y a un danger de « labellisation » de certains termes et aussi le risque de « le travail = la liberté » a dit Ségolène Royal. Ne diabolisons pas certains mots et soyons assez pédagogiques ; la droite est démagogique, la gauche pédagogique.
Une militante fait part de son désarroi devant ce que l’on appelle « l’ouverture » : il y a d’anciens dirigeants partis travailler avec Sarkozy et certains maires du PS qui auraient tendance à saluer son action, alors où se situer ?
Un autre militant explique sa crainte de voir deux partis socialistes : « celui de l’extérieur, et celui de l’intérieur ». Il y a un décalage entre la base et le sommet, et c’est un vrai problème.
« La différence entre la gauche et la droite, c’est que nous, on ne veut pas de la précarité » martèle-t-elle !
CR Atelier 14 sur l'extrême gauche dans les élections
Atelier n° 14 L’extrême gauche et la gauche radicale dans les élections
Guillaume Duval, rédacteur en chef de la revue Alternatives Economiques
Michèle Sabban, Fédération du Val de Marne et Conseil Régional d’Ile-de-France
Alain Vidalies
Que nous disent les analyses du vote extrême gauche lors des élections présidentielles ?
Il pèse 9% des voix dont presque la moitié en provenance de la LCR. En repli de moitié par rapport à 2002. Pour la LCR, c’est surtout un électorat jeune qui s’identifie à O. Besancenot. Fait notable, la LCR fait plus que Le Pen ou S. Royal chez les patrons des TPME. L’extrême gauche fait un score faible, derrière tous les grands candidats, chez les ouvriers. Il faut donc plutôt parler d’un électorat dont les points communs sont la précarité de l’emploi, la faiblesse des revenus et le faible niveau d’études.
Autre point notable, la forte proportion de croyants pratiquants, surtout de protestants et de musulmans. Inversement, c’est un vote minoritaire chez les syndicalistes et les « nonistes » du référendum européen. Les motivations de vote sont, par ordre décroissant : la lutte contre la précarité au travail, l’accès au logement, la lutte contre la mondialisation et le pouvoir d’achat.
Aspects historiques et géographiques :
Nous retrouvons aussi un vote semblable dans d’autres pays d’Europe comme par exemple en Allemagne, en Italie et en Scandinavie. Historiquement leur émergence correspond à la chute du mur de Berlin, mais aussi à l’effondrement des sociales-démocraties traditionnelles. C'est-à-dire l’explosion des classes sociales en luttes catégorielles, qui conduit à un manque d’homogénéité de la représentativité sociologique dans les partis politiques : elle n’est automatique ni unique.
En France, la tendance est depuis 25 ans au développement des études, mais qui ne sont pas obligatoirement qualifiantes. En conséquence, beaucoup de jeunes sortent du système sans être opérationnels sur le marché du travail « supérieur » et connaissent chômage ou petits boulots sans rapports avec leur niveau d’études. De plus, les mesures politiques de baisses ou suppression des charges pour les petits salaires en vue de lutter contre le chômage de masse ont faut exploser le nombre d’emplois mal payés.
La France détient le record du monde de smicards : 17% contre 3% en Angleterre. Son niveau de rémunération est aussi un des plus faibles des pays « riches » d’Europe. Le but était de pousser au développement des TPME en abaissant le coût du travail. Très peu d’entre elles ont réussi à atteindre une taille critique (> 100 personnes). Elles sont souvent peu efficientes et les conditions de travail s’approchent parfois de l’exploitation. Ainsi, pour celles qui sont soumises à la compétition du fait de la mondialisation des échanges, la situation est explosive car elles sont en première ligne face aux délocalisations vers les pays de l’Est.
Interventions et débat :
L’extrême gauche prospère pendant les gouvernements de gauche et dépérit pendant les gouvernements de droite. Ceci s’explique par le fait qu’en étant perpétuellement dans l’opposition, elle se différencie davantage lorsque la gauche est au pouvoir. Dans le cas de 2007, cet aspect est à pondérer car le vote utile a joué fortement.
La chute du PCF comme des altermondialistes s’explique par le manque de visibilité de leurs lignes politiques. Qui les représente et qui les comprend aujourd’hui ?
Sur le terrain, les militants confirment les points exposés précédemment. Au niveau local, nous travaillons régulièrement et sur de nombreuses convergences avec la LCR et le PCF. Pour LO, les expériences sont rares, tant cette organisation relève de la secte plutôt que du mouvement politique.
Nous entendons souvent que le PS « s’est loupé » à la fin du gouvernement Jospin. Le RMI était certes une bonne idée pour sortir certaines familles de la détresse, et les emplois jeunes ont permis de sortir des centaines de milliers de personnes du chômage. Mais la situation s’est enkystée, et elle est vécue par certains sur le mode de la persécution. En effet, alors que l’économie accumulait les succès, les bénéficiaires d’emplois jeunes, généralement surqualifiés, n’ont pas vu leur niveau de vie ou leurs responsabilités professionnelles augmenter. Ayant fait des efforts, ils n’acceptent pas d’avoir un niveau de vie peu différent de ceux qui n’en font pas et qui bénéficient des aides sociales. Pour eux, les socialistes ont été incapables de rétablir l’ascenseur social, et la droite a ensuite aggravé leur précarité au travail. Pour eux, il faut une force politique pour tirer le PS vers la gauche et lui faire tenir ses engagements.
On dit toujours que l’extrême gauche se différencie de la gauche (PS, PC, Verts) par son refus d’être un parti de pouvoir, de refuser le jeu démocratique en attendant « le grand soir » révolutionnaire. Faut-il mettre en préalable incontournable l’exigence de démocratie avant de discuter avec ces formations ?
Remarquons qu’il y une différence qui se creuse à la LCR en sa sphère dirigeante et ses militants. Lors d’un des derniers votes, 46% d’entre eux se sont prononcés pour une ligne politique qui n’exclue plus une participation à un gouvernement. Ceci peut expliquer les surenchères de certains pour maintenir leurs positions idéologiques révolutionnaires, et éviter ainsi une rénovation.
Conclusions :
Nous sommes d’accord pour dire que le dialogue avec nos partenaires de gauche dans leur plus grande diversité est un axe positif pour nous ancrer dans le réel, pour faire progresser la gauche dans son ensemble. Nous avons besoin de dialoguer avec toutes les gauches autour de ce qui nous réunit, pour être plus forts ensemble. Le dernier score au premier tour des élections présidentielles est là pour nous rappeler que nous ne pouvons accéder aux responsabilités sans l’aide d’autres forces de gauche.
Ceci est d’ailleurs inscrit dans nos statuts, qui indiquent qu’il faut faire partie d’un syndicat ou d’une association qui promeut les valeurs humanistes. Ouvrir notre porte n’est pas incompatible avec le fait de garder un esprit critique.
Rappelons que le modèle scandinave est bien loin de notre réalité : il est basé sur peu d’inégalités à la base : l’échelle des salaires est beaucoup plus serrée qu’en France. Ceci fait que le besoin de redistribution est beaucoup plus faible. Nous devons être pragmatique et réfléchir à l’adéquation de notre programme avec notre électorat, et vice-versa. Nous pensons que notre programme de redistribution, de production et d’émancipation a le potentiel de tirer l’ensemble de la société par le haut. Nous ne devons pas oublier que la lutte contre les inégalités entraînera mécaniquement une hausse du coût des prestations des services à la personne (garde d’enfants, entretien de l’habitat…) dans l’état actuel d’organisation de notre société, et qu’une partie de notre électorat est constitué des classes moyennes qui font appel à ces prestations parce qu’elles sont actuellement abordables. Ceci doit donc nous rappeler que le chantier est vaste et que nous devons nous attacher au réel.
01 septembre 2007
compte-rendu de l'atelier n° 11 sur "la démocratie est-elle soluble dans internet "
Compte rendu de l’Atelier numéro 11, la démocratie est-elle soluble dans Internet ?
François Lamy
Clotilde Valter
Thierry Vedel , Cevifop
Introduction
C’est la première fois qu’une réflexion sur ce sujet est posée de cette façon-là. Le site du PS a été refait entièrement avant la campagne. Le site de DDA a aussi été un travail qui a mis en avant le media internet, dont on peut tirer des conclusions. Internet a pesé dans la campagne mais il ya des choses qu’on n’a pas maîtrisé (ex : la vidéo sur les enseignants).
Quelles propositions peut-on faire sur l’utilisation de l’outil internet pour la rénovation ? La question de l’organisation démocratique entre « la base » et le « sommet » se pose. Le PS a ses propres rites, (ex : le congrès du Mans) et les échanges étaient formels et formalisés.
Thierry Vedel, grand témoin de cet atelier, travaille sur les relations entre internet et le politique, appelées aussi « la démocratie électronique ». Le message sera délivré de façon neutre, sans émerveillement excessif ni ludisme primaire. C’est un fait et il faut s’efforcer de l’utiliser d’une certaine façon. Ce n’est pas la première fois qu’une évolution technologique était sensé révolutionner le monde (ex : le télégraphe, la télé, le téléphone, le fax…).
1. Potentialités dans le domaine politique
- l’information : bibliothèque universelle (mais tout n’est pas sur Internet, si ça n’est pas sur internet, c’est que ce n’est pas arrivé !).
- engagement personnel : moyen commode pour réduire des coûts (réunions, coordination, etc..). Internet favorise la réunion de groupes d’intérêts ou de personnes autour d’un sujet commun qui les intéresse, et qui entraîne de nouvelles formes d’organisation. D’où l’articulation entre l’engagement politique entre le monde virtuel et le monde réel (organisation politique « hors sol ») come par exemple l’adhésion en ligne au PS l’année dernière, où la question de l’engagement se pose. On a l’impression qu’Internet accompagne l’aspiration à de nouvelles formes d’engagement politique beaucoup plus flexibles, ponctuelles, au contraire de leurs parents qui s’engageaient de façon permanente. De plus, ils cherchent à en retirer quelque chose en retour.
- Les débats et les discussions facilités. Le constat est cependant nuancé : on a plutôt l’impression d’avoir affaire à un monologue interactif, et ce d’autant qu’un petit nombre seulement contribue. Il est assez rare d’aller sue un forum ayant des vues contraires, et ce facilité par le système utilisé de récompenses (les étoiles sur DDA par ex.)
- Participation aux décisions politiques : vote électronique par ex. (mais risque de sondagite aigue) qui n’existe pas encore en France, pas possible actuellement (problèmes de sécurité) mais qui permet d’autres modes de scrutin, panachage de listes, de thèmes, etc..
2. La place d’Internet dans l’élection présidentielle : malgré tout l’intérêt porté, il a eu un rôle assez modeste au final dans cette élection
a) les stratégies des candidats : ce fut la première élection où les candidats ont intégré internet dans leur stratégie, dès le départ. (ex : achat de mots-clés Google en 2005 au moment des problèmes de banlieues par N.Sarkozy). Idem du côté de Ségolène Royal, très en amont de la campagne, où le site a servi à mobiliser. Durant la campagne, les sites créés ont été beaucoup plus faits pour entretenir les supporters et les mobiliser que pour attirer ceux qui avaient été d’un avis contraire (la préoccupation n’était pas au premier abord de convaincre). NS a eu tendance à focaliser sur des vidéos clips. D’où l’idée qu’Internet a redécouvert la télévision : l’image animée est redevenue au centre du langage des politiques, plus que le langage écrit. Mais les budgets de campagne ne représentaient que moins de 4 à 5 % des budgets de campagne, à part Bayrou (7 %) alors que les tracts font 25 % à 30 % et les réunions 45 à 50 %.
b) Comment les citoyens ont utilisé Internet (22 millions potentiels) ? en janvier 2007, 20 % des internautes avaient visité des sites politiques consacrés à la campagne présidentielle. De plus, ces internautes avaient un profil particulier : 60 % masculin, avec un niveau d’étude beaucoup plus élevé que la moyenne de la population (60 % de bac +2) et plus jeunes au départ, mais progressivement, un « vieillissement » de cette population est apparu (mais plus on est âgé et plus on s’intéresse à la politique). Mais la plupart des internautes qui ont eu besoin d’informations au sujet de la campagne sont allé les chercher sur les sites des grands medias.
c) Internet lieu de commentaires, de discussions et de débats « inscrits sur l’agenda » électoral soit par les medias soit pas les candidats eux-mêmes. Car c’est surtout lorsque la télé en parle que les gens vont voir sur internet, qui est un lieu comme une « chambre d’écho » plus qu’un lieu d’impulsion du débat.
3. Enjeux et problèmes posés par Internet (opposition entre le pouvoir faire et le vouloir faire des utilisateurs et des politiques)
L’intervenant ne fera pas de prospective réelle mais les technologies avancent à grands pas, et en la matière on se trompe toujours (ex : la RFF). Quelques nouveautés (fils RSS, par ex.) mais pour le moment on ne sait pas ce que cela va donner, parce que les utilisateurs se réapproprient la technologie et sont capables de les détourner.
a) l’accès : on a raisonné en termes de « fracture » mais ce n’est plus vrai (55 % de la population utilise internet, même si ce taux augmente, il y aura un plafond de verre).
b) La transparence : ce n’est pas un instrument d’information pure et parfaite, gage de démocratie, mais au contraire il y a potentialité de manipulation. Il faut donc des règlementations et des contraintes législatives pour qu’il y ait un effort d’information réel. Les outils ne suffisent pas, s’il n’y a pas de volonté politique. La surcharge d’informations peut tuer l’information pertinente, d’où la nécessité de mettre en place des garde fous (ex : le Conseil Constitutionnel introduit un critère de « codabilité » et de clarté dans le vote des lois).
c) Respect de la vie privée et intimité : récemment la CNIL a soulevé les problèmes d’atteinte à la vie privée d’Internet, notamment par les traces laissées sur internet par les internautes, qui par confort laissent leurs codes et mots de passe et organisent une certaine « traçabilité » des personnes et de leurs comportements. Google est en train d’amasser des milliards de données sur ses moteurs de recherche. Il essaie de vous vendre des produits et des services en définissant votre profil. La loi Informatique et Libertés est une loi très protectrice (la LCEN, loi sur l’Economie Numérique).
Aurons-nous besoin bientôt de requérir le « droit à être déconnecté » ?
d) l’Internet est un médiateur :
- entre des milliards de sources et des utilisateurs. Le problème avec Google c’est qu’on ne connaît pas leurs algorithmes, et il convient de surveiller ses logiques de fonctionnement
- entre les individus : messageries et autres regroupements de personnes.
Conclusion :
Internet n’est pas un outil qui apporte des solutions mais aussi beaucoup de questions. Il est ambivalent, et peut favoriser la décentralisation comme la centralisation. Il est un espace plein de contradictions, de plus en plus hétérogènes.
Le risque majeur est l’accroissement du fossé entre ceux qui sont déjà informés et ceux qui ne le sont pas : dans le domaine politique Internet est utilisé par les citoyens déjà bien intégrés dans le système politique (ou social). Le risque est donc celui d’une « démocratie à deux vitesses « ?
Il reste donc à inventer des sites pédagogiques simples, des applications qui simplifient la présentation d’informations complexes.
Tout ne passera donc pas par Internet. La rénovation de la démocratie nécessitera l’adoption de nouvelles procédures et nouvelles règles, des changements dans la culture du pays. Idem pour le temps, qui met une limite à l’utilisation de ce media.
Finalement, la puissance de la technique ne remplacera pas l’impuissance des humains.
Commentaires :
- C’est un « thermomètre » qui donne des éléments, mais pas forcément représentatif de la réalité.
- Le côté pratique, c’est par ex. de pouvoir élaborer collectivement des documents
- les blogs : moyen de communication supplémentaire pour adresser des messages externes afin de faire passer des messages qui ne passent pas ailleurs
- nécessité d’être interactifs et de dialoguer
- diabolisation d’Internet ? Le pire ou le meilleur ?
- Internet, vecteur et surmultiplicateur des émotions ?
- La communication est plus animée et visuelle aujourd’hui
- Qu’est-ce que la démocratie ? (« un ensemble de choses et d’intérêts entre les citoyens, que l’on cherche à rassembler et simplifier »)
- Est-ce que cela nous empêche de voir l’essentiel ? les plus modestes et les plus âgés sont ceux qui ne sont pas connectés : il faut donc démocratiser internet, afin d’atteindre ces populations
compte-rendu de l'atelier n° 8 sur le vote et la fracture géographique sociologique et culturelle
atelier8_geographie_electorale
COMPTE RENDU ATELIER N° 8 DE LA ROCHELLE
LE VOTE ET LA FRACTURE GEOGRAPHIQUE SOCIOLOGIQUE ET CULTURELLE
Hervé Le Bras, directeur du LDH spécialiste de démographie
Vincent Léna
Pascal Terrasse
Serge Janquin
Akli Mellouli
Atelier n° 8 :
Voir le document Powerpoint associé à cet atelier
Les fractures et les différences dans le vote à la présidentielle
Premier critère : l’âge
Ce critère a été sans aucun doute le plus différenciant. Mais on n’a pas assez regardé ce qui s’est passé pendant la présidentielle.
18-24 ans 52 %
24-35 ans :
35 – 49 ans 48 %
60-54 ans 57 %
65 ans et plus : 28 % : seulement ont voté pour elle (qui représentent 1/5ème de l’électorat = si 43 % de cette catégorie avaient voté pour elle, elle aurait gagné !). Ceci est contradictoire, car ce sont des personnes qui ne travaillent plus, et elles ont voté pour que les autres travaillent. Exemple, la question du droit de succession a séduit les personnes les plus âgées.
Le problème est que, vu de l’autre côté, il y avait une thématique à reprendre.
Autres questions : la retraite, la dépendance (« le 5ème risque ») n’ont pas été évoqués par les candidats à la présidentielle. Or, ce sont les régions où il y a le plus de personnes âgées qui ont voté pour NS à la présidentielle.
Si l’on applique les 28 % aux territoires, on retrouve une cartographie différente.
Ex : Limoges et Mulhouse, même structure d’âge : on trouve que SR aurait dû obtenir 47 % dans les deux villes. Or elle a obtenu 58 % dans une ville et 37 % dans l’autre.
La composante géographique est indépendante de la structure des âges.
Idem pour la structure des classes sociales : une seule catégorie sociale a très peu voté pour SR : les artisans et commerçants (26 %) les autres étant plus étales. Il n’y a donc pas de grande différence liée aux catégories sociales.
Les différences géographiques s’expliquent par d’autres la dimension de la commune,
Exemple :
De 10 000 à 50 000 = 47 % ont voté pour SR
Les plus grandes = 48 % ont voté pour SR
Sur les 36 000 communes, la France est divisée d’Est en Ouest.
Le déficit est en fait dans les petites communes et les petites villes. Le critère « Classes Sociales » ne suffit pas à expliquer les écarts.
Hétérogénéité et différences dans les votes au niveau du territoire :
- Est et Sud-Est de la France (seulement 39 % ont voté par SR) : il aurait fallu 57 % pour que SR l’emporte.
- Il existe donc bien d’autres critères et facteurs explicatifs à l’échec, tel que le critère géographique
La Grande Couronne de Paris, et les départements autour a voté seulement 42 % tandis que Paris et la Petite Couronne à 48 % (plus on s’éloigne de Paris et plus on a voté
- Modes de vies (trajets domicile-travail) « turn over » de la mobilité française
- Les frontières : vote à gauche (sauf le cas du Nord, qui est très particulier).
A quoi servent les territoires ? Il faut apporter des analyses et des réponses à ces questions, qui sont supposées permettre de réduire les écarts.
En réponse à un intervenant, il répond que les « cartes » du premier tour et du second tour sont exactement les mêmes, on peut les superposer sans voir de différences.
Intervention de S. Janquin
Ce vote traduit la façon dont chacun vit sa situation au sein de son territoire. Malgré les efforts réalisés par la gauche, il reste de gros efforts à fournir, et notamment comment, jusqu’où et avec quels moyens ? C’est une question de reconnaissance d’identité et de territoires. Si DSK est élu au FMI, il sera confronté à ce genre de questions, mais à l’échelon planétaire.
La question de l’Europe par exemple remet en cause cette question identitaire et culturelle.
Nous n’avons pas traité la question de l’égalité. Où est le point moyen, et quelle distance on peut juger légitime d’avoir entre les personnes ? (exemple en RFA, les écarts sont réduits à 5%, compensés par l’Etat).
L’inégalité des situations est d’abord l’inégalité individuelle. Si nous voulons changer les votes, il faut d’abord changer la société.
Une intervenante propose des pistes de réflexion: c’est plus le sentiment d’avoir gagné ou perdu (par rapport au passé) qui domine et non pas la notion d’égalité, car cela se voit même à niveau de vie équivalent.
Un autre intervenant explique que les rurbains ont complètement changé la sociologie du vote (« effet buvard » sur toute la périphérie).
Un autre apporte un éclairage sur l’aspect de générations : ont voté par rapport à la lecture de leur propre histoire (la génération des trente glorieuses). Tout le monde pouvait s’en sortir, il suffisait de travailler alors qu’aujourd’hui il est plus difficile de s’en sortir, surtout pour les non diplômés.
Le phénomène syndicaliste n’a pas tellement eu d’effet. On ne peut pas avoir la réponse de manière isolée. Si l’on prend l’exemple (remarquable au sens statistique du terme) de la Bretagne, les hypothèses sont que l’on se sent finalement bien (ou pas) dans son territoire. Les raisons peuvent en être économiques, mais aussi culturelles et sociales ou plutôt sociétales. Les élus socialistes sont perçus favorablement.
Une intervenante de la Gironde met en avant le critère de la féodalité (on vote comme le maire ou comme le conseil général).
compte-rendu de l'atelier n°5 sur les media dans la campagne
LES_MEDIAS_DANS_LE_MOMENT_ELECTORAL
Compte rendu de l’²atelier numéro 5, la politique et les media (animé par Elizabeth Guigou et Annick Lepetit), avec Pierre Lefebvre, chercheur associé au laboratoire de communication politique au Ceres.
Quelle sont les points clefs de la campagne présidentielle dans le domaine des media ?
Tout d’abord, Nicolas Sarkozy est un »produit » qui fait vendre du papier ou du temps d’antenne. Dans cette logique commerciale, la campagne présidentielle occupe une place inédite dans les media. On ne raisonne plus en devoir d’information, on entre dans la représentation d’une mise en scène bipolaire. Lorsque ce spectacle s’essouffle, on assiste à l’introduction opportuniste d’un troisième personnage incarné par F. Bayrou. Les réactions actuelles sur les media relèvent d’un écart entre les attentes du public et les contraintes de fabrication du matériel médiatique. Les journalistes ne sont pas à l’affût du réel, qui nécessiterait de longues investigations incompatibles de leurs moyens alloués, mais à la recherche de « l’arrête du jour » (l’anecdote) qui alimentera leur propos, qu’ils discuteront plus entre eux que sur le terrain réel. Ce comportement grégaire peut s’expliquer aussi par les flots d’informations que font parvenir les communicants politiques aux journalistes. Communiquer vers les media est une véritable technique à part entière: il y a une véritable lutte pour fixer le priming, c'est-à-dire le cadre de discussion où s’animeront les media. En 2002, Jacques Chirac réalisera ainsi un holdup up magistral en imposant le thème de l’insécurité. En 2007, aucun thème ne s’imposera, tant le contenu sera éclaté en de multiples facettes, pour finalement se concentrer sur la personnalité des candidats.
Il existe un double problème d’éthique. Le premier concerne les politiques à ne pas se laisser entrainer dans la mise en scène de leur vie privée, le second consiste aux journalistes de ne pas suivre le prêt à penser fourni par les services de communication des politiques.
La situation française est particulière avec des media détenus en immense majorité par des groupes dont le chiffre d’affaire dépend de commandes publiques. La situation de TF1 qui fait 35% d’audience télévisuelle et 51% des recettes associées en publicité n’a pas de semblable dans le monde démocratique.
Les media grand public réagissent à l’émotion : selon les termes de l’intervenant, « on lèche, on lâche et on lynche ». Le journaliste, n’est plus un investigateur, un initiateur de réflexion ; il est condamné à un rôle de présentateur, de répétiteur d’une information qui se reproduit ainsi de commentaire en commentaire.
Pourquoi la gauche s’en tiret-elle plus mal que la droite en ce moment, malgré un passé valorisant (radios libres, soutien des journaux quotidiens au travers de nouvelles lois, interventions puissantes d’intellectuels comme par exemple le « j’accuse de Zola ») ? Ce n’est peut-être pas la question de fond. Nicolas et Ségolène ont tous deux mis en scène leur vie, n’hésitant pas à y mêler certains aspects privés quand cela les arrangeait. Cet aspect psychique combiné à une absence de projection dans le futur d’un projet politique concret a perverti la transcription du débat d’idées.
La faiblesse de la candidate socialiste et de son équipe de campagne réside aussi dans l’absence de préparation à l’organisation de la « contre-communication », c'est-à-dire mettre en place une riposte opportuniste qui puisse saisir chaque point de communication de l’adversaire pour le tourner en faiblesse. Une organisation de communication qui se base sur le marketing réactif est particulièrement vulnérable en face de cette stratégie. Comme Chirac en 2002, La force de Sarkozy est d’avoir pris soin de développer une communication de sa personne qui s’ancre sur une histoire qui forge un personnage romanesque et qui se projette dans le futur, et dont les journalistes peuvent se représenter et broder ainsi sur les épisodes à venir. La faiblesse de Ségolène Royal est de n’avoir pas su passer des militants aux Français dans cet exercice. Après avoir appâté les journalistes lors des primaires socialistes, son silence relatif et l’épuisement de son matériel romanesque ont créé un vide. En démarrant plus tôt la campagne officielle que son adversaire en pleine pause conceptuelle, Sarkozy a comblé cette faim. Le manque de cohérence de la campagne du PS a rendu cette avance impossible à rattraper.
Comment la gauche peut-elle reprendre la main ? Notamment en développant l’éducation populaire à l’analyse critique des représentations médiatiques pour espérer des décisions plus éclairées en matière de choix de candidat (cette réflexion s’applique aussi aux primaires !). En formant nos représentants aux techniques de communication envers les media qui se complexifient ? En légiférant pour un droit à une information qui ne soit pas conditionnée à la consommation de produits de la sphère marchande ? Nous en sommes bien loin, à commencer par les journaux dits gratuits, qui n’ont rien de gratuit dans les faits ( à cause de la publicité notamment). Il faut mettre en place un processus de régulation qui empêche la collusion de la construction de l’information (qui commence par l’AFP) mais aussi de son contrôle (le CSA par exemple) avec le pouvoir en place (ces deux organismes sont actuellement nommés et contrôlés par le chef de la nation et par le premier ministre. L’indépendance des media faisait parti du programme socialiste pour les élections en 2007. Pourquoi n’en n’avons-nous parlé que la dernière semaine des élections ?
Pour l’anecdote, on pourrait rajouter qu’il existe une véritable symbiose entre certains hommes politiques et certains journalistes, les deux formant souvent couple.



